Il fait frais dans le salon, vous posez la main sur le radiateur et il est glacé. Pourtant, vos charges de chauffage tombent chaque mois. Beaucoup de locataires et de copropriétaires se demandent alors s’ils ont le droit d’exiger le rallumage, et auprès de qui. La réponse tient en trois points : pas de date légale, une décision de gestion, et des recours bien réels si le froid s’installe.
Aucune date légale : le rallumage relève d’une décision de gestion
Aucune loi ni aucun décret ne fixe une date nationale d’allumage ou d’extinction du chauffage collectif. Ni le code de l’énergie, ni le code de la construction et de l’habitation, ni la loi du 6 juillet 1989 ne contiennent de calendrier. Le fameux « 15 octobre » que l’on entend partout n’est donc pas une obligation.
Rallumage : ce qui existe et ce qui n’existe pas
Il n’existe pas de date imposée à l’échelle du pays. Il existe en revanche une saison de chauffe écrite dans le contrat d’exploitation de votre immeuble, et c’est ce document qui fait foi.
La notion de saison de chauffe apparaît pourtant dans le droit, mais côté contrat. L’article L. 241-3 du code de l’énergie limite la durée des contrats d’exploitation à huit saisons complètes de chauffe quand le paiement du combustible est forfaitaire, et à cinq saisons dans les autres cas. Seize ans restent possibles avec garantie totale du matériel ou travaux financés par l’exploitant. La saison de chauffe est donc une période contractuelle, pas une échéance réglementaire.
Dans la pratique, la période indicative va souvent de la mi-octobre à la mi-mai. Le contrat prévoit fréquemment un allumage anticipé ou une prolongation en cas de vague de froid persistante. Si cette clause existe et qu’elle n’est pas activée malgré un coup de froid avéré, vous avez un argument solide.
Syndic ou bailleur HLM : à qui demander la date et le contrat d’exploitation
En copropriété, c’est le syndic qui fait exécuter le contrat avec l’exploitant de chauffage et donne l’ordre de remise en service. Il agit sous le contrôle de l’assemblée générale, qui vote le budget et approuve les comptes. Le conseil syndical peut relayer votre demande et appuyer une décision d’allumage anticipé.
En logement social, la décision appartient à l’organisme HLM, propriétaire et gestionnaire des chaufferies. Votre interlocuteur est le gardien ou l’agence de proximité du bailleur social. Dans les deux cas, demandez par écrit la communication du contrat d’exploitation : il indique la période de chauffe et les conditions d’un allumage anticipé.
À Paris et en Île-de-France, de nombreux immeubles sont raccordés au réseau de chaleur urbain exploité par la CPCU. Le réseau tourne toute l’année pour l’eau chaude, mais la chaleur pour le chauffage suit les ordres de chaque gestionnaire d’immeuble. Un bâtiment raccordé peut donc rester froid en octobre si personne n’a demandé la remise en route.
Quelle température le logement doit-il atteindre ?

Le droit fixe surtout un plafond. L’article L. 241-1 du code de l’énergie impose que les installations soient mises en œuvre « de façon à limiter la température de chauffage et de climatisation des locaux », avec un plafond de 19 °C dans les logements. Pour le seuil bas, on retient généralement une température minimale d’environ 18 °C comme repère de confort, plus qu’une règle chiffrée gravée dans un texte.
Une température nettement inférieure, relevée durablement à l’intérieur alors que la saison de chauffe contractuelle est ouverte ou que le froid extérieur est installé, constitue un manquement. C’est cette différence entre ce que le contrat promet et ce que vous vivez qui sert de base à toute réclamation.
Radiateurs toujours froids : preuves et démarches à engager
Mieux vaut agir dans l’ordre, en commençant par écarter une panne simple grâce au geste de plombier pour radiateur tiède. Chaque étape laisse une trace écrite, et c’est elle qui comptera si le dossier arrive devant un juge.
- Posez un thermomètre dans la pièce principale et notez chaque jour la température, l’heure et la température extérieure, avec photos à l’appui.
- Prévenez le syndic ou le bailleur par mail, puis demandez le contrat d’exploitation et la date de remise en route prévue.
- Envoyez une mise en demeure en lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant vos relevés et en fixant un délai raisonnable.
- Rassemblez les attestations des voisins touchés et les éventuels relevés de Météo-France pour la période.
- Sans réaction, saisissez le tribunal judiciaire, de préférence après avoir tenté une conciliation.
En attendant, un chauffage d’appoint peut dépanner, mais gardez vos factures d’électricité : le surcoût entre dans le préjudice que vous pourrez réclamer. Évitez surtout de cesser de payer vos charges de votre propre initiative, car vous vous exposeriez à des impayés alors que vous avez de bons arguments.
Côté copropriété, vous pouvez aussi demander l’inscription du sujet à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale. Si le contrat ne prévoit aucun allumage anticipé, les copropriétaires peuvent voter une consigne de gestion pour les saisons suivantes, voire renégocier le contrat. L’article L. 241-1 rappelle d’ailleurs qu’à défaut d’accord amiable, toute partie peut demander en justice la révision du contrat.
Indemnisation : ce que le jugement parisien a chiffré

Quand le froid dure, la question devient financière. Un jugement parisien récent a chiffré, mois par mois, l’indemnisation d’une locataire privée de chauffage collectif. La logique est reprise de décision en décision : le juge évalue le préjudice de jouissance, c’est-à-dire la part du logement dont vous n’avez pas pu profiter normalement, et l’exprime en réduction de loyer sur la période concernée.
Ce raisonnement mensuel est utile pour votre dossier. Votre calendrier de températures permet de montrer combien de mois ont été touchés et avec quelle intensité. Le montant dépend ensuite de la durée de la panne, de la rigueur de l’hiver, de l’état général du logement et de la réaction du bailleur ou du syndic après votre relance. Il n’existe pas de barème national, et aucune somme ne peut être promise d’avance.
À retenir pour la suite : un radiateur froid en octobre n’est pas forcément illégal, un radiateur froid en plein coup de froid alors que le contrat prévoit un allumage anticipé le devient très vite. La différence se joue sur les preuves que vous aurez rassemblées avant d’écrire.







