Un figuier mal taillé, ou taillé au mauvais moment, peut perdre une bonne partie de sa récolte de l’année suivante. La question du timing n’a donc rien d’anodin : elle conditionne directement la quantité de fruits que produira l’arbre. Voici les périodes à respecter et les gestes qui font la différence.
Quand tailler un figuier : les périodes idéales selon l’objectif
La période de référence pour la taille d’entretien se situe en fin d’hiver, entre février et mars, une fois les grands froids passés mais avant le redémarrage de la végétation. C’est le moment où le figuier est encore au repos, ce qui limite le stress et facilite la cicatrisation des coupes. Tailler trop tôt en plein hiver expose les plaies au gel, tailler trop tard en plein printemps gaspille la sève que l’arbre vient de mobiliser pour ses nouvelles pousses.
Une seconde fenêtre existe pour les figuiers bifères, qui produisent deux récoltes par an (comme pour d’autres arbres fruitiers, voir notre article sur la période de taille du cerisier selon sa variété) : après la cueillette des figues d’été, en fin d’été ou tout début d’automne, on peut alléger légèrement la ramure sans compromettre la deuxième fructification qui arrive à l’automne. Cette intervention reste plus légère qu’une vraie taille de fin d’hiver, il s’agit surtout de dégager le centre de l’arbre et d’éliminer le bois mort.
| Période | Type de taille | Objectif |
|---|---|---|
| Fin d’hiver (février-mars) | Taille d’entretien | Aération, équilibre de la charpente |
| Après récolte d’été | Taille légère | Nettoyage, favoriser la seconde vague |
| Tous les 3-4 ans | Taille de rajeunissement | Régénérer un vieux figuier |
Taille d’entretien annuelle
Chaque fin d’hiver, la taille d’entretien consiste à retirer le bois mort, les branches qui se croisent et celles qui poussent vers l’intérieur de l’arbre. L’idée est de conserver une charpente aérée, où la lumière circule bien, ce qui favorise à la fois la croissance et la fructification. On en profite aussi pour supprimer les rejets qui apparaissent au pied du tronc, car ils puisent de l’énergie sans donner de fruits intéressants.
Sur un figuier déjà bien formé, cette taille reste légère : quelques branches par-ci par-là, jamais plus du tiers du volume total. Un figuier trop taillé produit surtout du bois et beaucoup moins de figues l’année suivante, la sève étant redirigée vers la croissance végétative plutôt que vers la fructification.
Taille de formation et rajeunissement
Sur un jeune figuier, la taille de formation intervient aussi en fin d’hiver, dès la première ou deuxième année après la plantation. Elle vise à construire une charpente équilibrée, souvent en gobelet, avec trois à cinq branches principales bien réparties autour du tronc. Cette structure facilite ensuite l’entretien et la récolte pendant des décennies.
Pour un vieux figuier devenu trop dense ou peu productif, une taille de rajeunissement, plus sévère, peut être menée tous les trois à quatre ans. Elle consiste à supprimer une partie du vieux bois pour stimuler l’apparition de nouvelles pousses vigoureuses. Cette taille radicale se pratique impérativement en fin d’hiver, jamais en pleine saison de croissance, sous peine d’affaiblir durablement l’arbre.
L’erreur qui coûte une récolte entière
Tailler un figuier en pleine sève, au printemps quand les bourgeons ont déjà démarré, provoque un écoulement de latex important qui affaiblit l’arbre et retarde la formation des fruits. Mieux vaut intervenir quelques semaines plus tôt, quand le bois est encore au repos.
Comment tailler un figuier : gestes et techniques de base
Un sécateur bien affûté et désinfecté suffit pour la majorité des coupes sur les jeunes branches. Pour les rameaux plus épais, une scie d’élagage devient nécessaire afin d’éviter d’écraser les fibres du bois, ce qui ralentirait la cicatrisation. Chaque coupe doit être nette, réalisée juste au-dessus d’un bourgeon orienté vers l’extérieur de l’arbre, en biais pour évacuer l’eau de pluie.
On commence toujours par retirer le bois mort, cassé ou malade, avant de s’attaquer à l’équilibre général de la ramure. Les branches qui poussent verticalement au centre de l’arbre, souvent appelées gourmands, sont supprimées en priorité car elles font de l’ombre aux branches fructifères sans produire elles-mêmes de figues utiles. Il faut aussi surveiller les rejets à la base du tronc, qui repoussent souvent plusieurs fois dans la saison et qu’on peut couper au fur et à mesure.
Sur les cultures en pot ou en bac, la taille joue un rôle supplémentaire : elle limite le développement racinaire et permet de conserver un figuier compact, adapté à un espace restreint. Dans ce cas, on taille un peu plus court qu’en pleine terre, quitte à sacrifier une partie de la récolte pour garder une silhouette maîtrable.
Adapter la taille selon l’âge et la forme du figuier

Un jeune figuier de moins de trois ans se taille peu (un principe qui rejoint la logique décrite dans notre guide sur la taille des pommiers selon leur âge) : l’essentiel du travail consiste à choisir les futures branches charpentières et à supprimer le reste. Trop intervenir sur un sujet encore fragile retarde son installation et sa première fructification.
Un figuier adulte, en pleine production, supporte une taille annuelle plus franche, centrée sur l’aération et l’élimination du bois improductif. C’est aussi à ce stade que la conduite en haute tige, avec un tronc dégagé sur un mètre ou plus avant les premières branches, prend tout son sens : elle facilite le passage de la tondeuse ou du promeneur sous l’arbre et donne une silhouette plus ornementale.
Pour un figuier livré à lui-même depuis des années, mieux vaut étaler la remise en forme sur deux ou trois hivers successifs plutôt que de tout couper en une seule fois. Une taille trop brutale d’un coup stresse fortement l’arbre et peut compromettre plusieurs saisons de récolte, alors qu’un rajeunissement progressif permet de garder une production correcte pendant la transition.
Les erreurs fréquentes qui compromettent la récolte
La faute la plus répandue reste de tailler trop tard, une fois les bourgeons déjà gonflés ou éclos. À ce stade, chaque coupe prive l’arbre de branches qui portaient déjà les futures figues, notamment sur les variétés bifères dont la première récolte se forme sur le bois de l’année précédente. Il faut donc garder un œil sur le calendrier et intervenir avant le réveil végétatif, pas après.
Autre écueil courant : tailler de manière excessive par souci esthétique, en cherchant à obtenir une forme parfaitement ronde ou compacte. Un figuier trop rabattu réagit en produisant énormément de bois végétatif l’année suivante, au détriment des fruits. La règle du tiers maximum de volume retiré par an reste le repère le plus sûr, quelle que soit la variété cultivée.
Enfin, négliger la désinfection des outils entre deux arbres, ou même entre deux branches visiblement malades, favorise la propagation de maladies fongiques. Un simple passage à l’alcool sur la lame du sécateur avant et pendant la séance suffit à limiter ce risque, surtout sur un figuier déjà affaibli par l’âge ou par un hiver rigoureux.







